par Isabelle Dubernard
© La Revue du Spectacle 18/05/99


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Paris Tri-Bâle - Philippe Minella

Vu le mercredi 1er décembre 1999 au Théâtre Le Vanves (92)
Le 2e festival ART-DAN-THE a ouvert ses portes. Il se déroule du 17 novembre 1999 au 29 février 2000. A ne pas manquer !
Le 3e millénaire sera-t-il "éternel" ou "éventuel" ?
Lassé par les nombreux discours de clôture du 20e siècle, évoquant les maux de cette fin de siècle, on appréhende un peu lorsque Philippe Minella nous invite à partager ses plaisirs et ses dégoûts, et tout ce qui l'écorche dans ce bas monde.
Mais c'est sans compter sur le talent de Philippe M. dit "Rodolphe, le roi de la strophe" qui se débat sur scène pour nous faire rire et pleurer. Il nous livre son corps, ses pulsions et ses pensées avec énergie et vérité.
C'est un spectacle d'une profonde intimité construit sur un recueil de textes poétiques qu'on aimerait pouvoir réécouter ou lire afin d'en apprécier toute la finesse.
S'il y a un témoignage d'un homme du 20e siècle à entendre, je vous propose celui-là : angoissant, encré dans la réalité et indiscutablement sincère !
Isabelle Dubernard
© La Revue du Spectacle 08/12/99


"Danser", nouvelle formule : coéditée par "Télérama"

Le magazine de la danse vient d'être relooké. Trois numéros sont déjà sortis en kiosque (octobre, novembre et décembre).Voici donc un aperçu de la refonte éditoriale et de la nouvelle maquette d'un magazine vieux de 16 ans.
D'emblée, on reconnaît le style "Télérama", sobre et efficace. Les rubriques sont claires. Le sommaire offre une variété intéressante de dossier concernant successivement des compagnies, des danseurs, des chorégraphes, des lieux ou l'histoire de la danse. Alors, on y croit ! "Télérama" s'est penché sur la danse. Fini la revue destinée aux élèves de conservatoire. On dépoussière. L'ouverture est à l'ordre du jour : "parce qu'aujourd'hui la chorégraphie est sans doute le plus vivant des arts de scène" nous dit la réaction.
A ce stade, on se penche sur le contenu : octobre, Piétragalla est en couverture (on en parle aussi au journal de 20 heures !) ; novembre, Cunningham. Le doute s'installe mais on approfondit. La maison de la danse à Lyon, Jean-Claude Gallotta, le ballet du Capitole, Nijinski, que de prestiges ! Tiens... les Iles de Danse (3 pages pour une fête qui "impressionne par le nombre de spectacles proposés").
Mais où est donc le "surprenant" tant promis, le hors norme cher aux journalistes de "Télérama" ? Pas dans les pages "Exercices de style" où vous apprendrez les fondus, ni dans les pages "Maquillages de scène". Mais si, bien sûr, à la fin, dans le calendrier des spectacles à l'affiche !
"Peau neuve" dites-vous ? Il suffit de regarder les pages publicitaires pour comprendre à qui l'on s'adresse : certainement pas aux personnes qui, en toute simplicité, aiment également la danse artisanale, populaire, jeune, vivante, talentueuse et, de fait, surprenante et innovante.
"Télérama", réveille-toi !
Isabelle Dubernard
© La Revue du Spectacle 08/12/99


Tanztheater Wuppertal - "Masurca Fogo" - Chorégraphie et mise en scène de Pina Bausch
Vu le samedi 24 avril 1999 au Théâtre de la Ville (Paris).

Peu nombreux sont les spectateurs qui auront pu dire : "Pina Bausch, c'est toujours pareil !"
"Masurca Fogo", pièce née à Lisbonne en 1998 et de ce fait très inspirée par le Portugal, est une création qui accentue le changement au sein de la compagnie. En effet, la douceur du soleil de Lisbonne, le rajeunissement de la troupe donnent un aspect moins tragique à cette oeuvre par rapport aux précédentes.
Dans "Masurca Fogo", la vision du monde se radoucit, la légèreté fait son entrée ; la jeunesse aussi. Pina Bausch nous offre un gigantesque bain dans lequel nous rêvons pendant presque trois heures.
La sensation d'immersion dans cette vie ensoleillée au bord de l'océan naît de l'espace composé de musiques du Cap Vert (dont la masurca fogo fait partie) et du Portugal et du décor de Peter Pabst. Ce dernier inonde la scène de projections créant ainsi des lumières particulièrement chaudes et enveloppantes.
Le rêve vient avec les danseurs, auteurs de solos touchants inspirés du fado. Les rapports entre les hommes et les femmes, chers à Pina Bausch, restent toujours compliqués dans cette pièce mais les femmes, aujourd'hui, y trouvent du plaisir : elles ne subissent plus les jeux masculins mais jouent avec.
Le ton proposé par la chorégraphe est donc plus léger : l'expressionnisme allemand laisse la place à une vision plus clémente du monde... en tout cas chez les jeunes !
Mais qu'en est-il pour les anciens du Tanztheater Wuppertal dans cette nouvelle perspective ?
Isabelle Dubernard
© La Revue du Spectacle 18/05/99

"Masurca Fogo" de Pina Bausch.
Mise en scène et chorégraphie de Pina Bausch.
Décors de Peter Pabst. Costumes de Marion Cito.
Lumières : Johan Delaere. Son : Andreas Eisenschneider.
Collaboration musicale : Matthias Burkert et Andreas Eisenschneider.
Assistants du metteur en scène : Marion Cito, Irene Martinez Rios et Jan Minarik.
Avec
Regina Advento, Ruth Amarante, Rainer Behr, Stephan Brinkmann, Raphaëlle Delaunay, Chrystel Guillebeaud, Daphnis Kokkinos, Béatrice Libonati, Dominique Mercy, Jan Minarik, Cristiani Morganti, Nazareth Panadero, Anne Rebeschini, Julie Shanahan, Jorge Puerta Armenta, Michael Strecker, Fernando Suels, Aida Vainieri et Michael G. Whaites.
Spectacle joué au Théâtre de la Ville de Paris du 24 avril au 5 mai 1999.
Celui-ci sera présenté les 25, 26, 27 et 28 juin 1999 au Théâtre National de Catalogne à Barcelone (Espagne).


Compagnie Prana - "Le corps de la Terre" - Chorégraphie de Michel Lestrehan

Vu le 27 mars 1999 au Théâtre La Nacelle à Aubergenville (78).
Aimer la danse ou toute autre forme d'art, c'est aimer découvrir de nouvelles sensations, c'est n'avoir aucune certitude sur ce que l'on nous présente. C'est le cas lorsque l'on se penche sur de nouvelles tentatives mais aussi lorsque l'on découvre des pratiques corporelles anciennes perpétuées par quelques individus soucieux de rester fidèles à leurs ancêtres.
On est alors subjugué par les corps en mouvement mais aussi stupéfait de ne pas connaître un art millénaire : le Kalarippayatt, l'art martial indien le plus ancien pratiqué par la caste des guerriers.
"Le corps de la Terre" est une pièce chorégraphiée par Michel Lestréhan mettant en scène son maître Krishnadas Gurukkal avec quatre élèves.
Les corps que l'on découvre progressivement, dont les énergies naissent du sol, nous fascinent dès les premiers instants. Ils trahissent d'emblée leur exceptionnelle particularité et l'ancrage profond de leur pratique. Chaque geste est installé dans le temps de manière à offrir toutes ses dimensions : animalité, sensualité, intériorité, dévotion et sérénité. Progressivement, les hommes vont combattre et prendre les armes mais à aucun moment nous assistons à une exhibition : les sensations sont vraies, c'est alors que l'on perçoit toute la subtilité du travail du chorégraphe.
Créée en 1997, cette pièce a déjà conquis la critique. Néanmoins, il est important de rappeler que ce spectacle est à voir... absolument !


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